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  Généalogie des FAMILLES BONIN
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Contribution de Daniel Bonin

Nicolas Bonin dit Saint-Martin
soldat de Carignan-Salière ou engagé ?
Daniel Bonin (16363)


(Tiré de la revue: Mémoires de la Société généalogique canadienne-française
, vol 64, numéro 1, cahier 275, printemps 2013, p.49-67.)

Dans un article paru en 2005-1-, j'ai voulu enrichir les données biographiques déjà existantes sur mon ancêtre Nicolas Bonin dit Saint-Martin-2- en apportant ma propre contribution puisée à diverses sources documentaires jusque là inexplorées. Un point est demeuré cependant obscur : son statut d'immigrant. Bonin est-il arrivé au pays comme soldat dans le régiment de Carignan-Salière ou bien a-t-il posé pied dans la colonie en tant que civil ? Même si l'exercice revêt un caractère conjectural, j'ai fait le pari de débrouiller cette question en traitant les deux hypothèses ci-dessus.

Plusieurs historiens et généalogistes ont soutenu au fil des ans que Nicolas Bonin dit Saint-Martin faisait partie du régiment de Carignan-Salière envoyé par le roi de France en 1665, avec pour mission d'aller exterminer les Iroquois « dans leurs foyers-3-. » L'abbé Azarie Couillard-Després est apparemment le premier à avoir associé Nicolas Bonin (qu'il orthographie « Bonnin ») au soldat de la compagnie Saint-Ours, connu sous son sobriquet militaire de Saint-Martin-4-.

 Ont suivi ensuite A.-Léo Leymarie-5- avec une liste de soldats datée du 18 novembre 1929 et qui, dans ses copieuses notes sur ledit régiment, a consacré une fiche sommaire à Nicolas Bonin dit Saint-Martin, puis l'Institut Drouin-6-, Jack Verney-7- et Marcel Trudel-8-. Soulignons enfin que le Fichier Origine corrobore le statut de soldat de Nicolas Bonin dit Saint Martin au sein de ce régiment-9-.

Or, dans un ouvrage publié il y a quelques années sur le régiment-10-, Michel Langlois réfute cette hypothèse au motif que Nicolas Bonin eut été trop jeune pour s'enrôler. Mais comme je vais m'employer à le démontrer dans le présent article, l'argument de l'âge avancé par Langlois ne m'apparaît pas décisif pour exclure d'emblée la possibilité que mon ancêtre paternel ait migré au Canada à titre de militaire.

L'HYPOTHÈSE MILITAIRE SE DÉFEND

Tout indique donc que c'est l'abbé Couillard-Després qui, dans son Histoire de la seigneurie de Saint-Ours, a le premier établi une corrélation entre le soldat dit Saint-Martin de la compagnie S[ain]t Ours et Nicolas Bonin. Il faut savoir que tous les soldats étaient baptisés d'un sobriquet ou « nom de guerre » lors de leur entrée dans un régiment. Celui de Carignan-Salière comptait deux autres militaires portant le sobriquet de Saint-Martin, soit Charles Dompierre de la compagnie Maximy et Antoine Adhémar de la compagnie Saurel qui assumera plus tard la charge de notaire royal dans les régions de Montréal et Trois-Rivières.

 

A PROPOS DU ROLLE DES SOLDATS DU
REGIMEMT DE CARIGNAN-SALIÈRE


Détail du « Rolle ».
Quelques soldats de la
compagnie Saint-
Ours, incluant
Saint-Martin
encadré.jpg
C'est en consultant le « Rolle des soldats du Regiment
de Carignan-Salière qui se sont faits habitans de
Canada en 1668-11- » que l'abbé Couillard-Després a
pu constater la présence d'un Saint-Martin dans la
compagnie Saint-Ours.
L'existence de ce Rolle, dont le manuscrit original
est perdu, est signalé dès 1899 par Édouard Richard.
Puisque Couillard-Després, dans son ouvrage paru en
1915, fait nommément référence à l'archiviste Richard,
tout laisse croire que c'est grâce à ce dernier qu'il a pu
avoir accès au Rolle sept ans avant sa publication
officielle par Francis-Joseph Audet en 1922-12-.

 

Pour Couillard-Després, le rapprochement entre le Saint-Martin de la compagnie Saint-Ours et Nicolas Bonin dit Saint-Martin allait de soi dans la mesure où il avait relevé maintes traces du surnom dans les actes notariés et registres paroissiaux existants-13-. Natif de La Couarde sur l'île de Ré, Nicolas Bonin avait pris le surnom de Saint-Martin qui désignait le bourg ainsi que la paroisse à laquelle son village d'origine était rattaché. Si on ajoute le fait que Nicolas Bonin a vécu la majeure partie de sa vie en Nouvelle-France dans la seigneurie de Contrecoeur – voisine de celle de Saint-Ours sur la rive sud du Saint-Laurent, à une quarantaine de kilomètres à l'est de Montréal –, on comprend alors pourquoi, dans l'esprit de Couillard-Després, Nicolas Bonin et le Saint-Martin de la compagnie Saint-Ours n'étaient qu'une seule et même personne. De même, l'abbé a cru possible d'identifier bon nombre de soldats devenus censitaires dans la seigneurie de Saint-Ours parce que, écrivait-il, « ceux-ci conservaient habituellement leurs sobriquets avec leurs noms de famille-14-.» Pour sa part, dans cette tentative d'identifier les effectifs de Carignan-Salière, Benjamin Suite s'est limité à dresser une liste nominative des seuls officiers du régiment-15-.

Jack Verney et Marcel Trudel ont par la suite emboîté le pas à Couillard-Després en associant Nicolas Bonin avec le Saint-Martin en question. D'autres ont opté pour la prudence : c'est le cas de Régis Roy et Gérard Malchelosse qui, dans le premier essai d'identification des soldats du régiment, avaient renoncé à identifier le Saint-Martin de la compagnie Saint-Ours-16-.

Plus récemment, G.-Robert Gareau-17- et Michel Langlois, ont relancé le débat en affirmant que le colon Jean Massault, connu aussi par son surnom de Saint-Martin, serait en réalité l'énigmatique soldat de la compagnie du sieur de Saint-Ours. Si Gareau ne justifie pas explicitement son choix, Michel Langlois, quant à lui, plaide en faveur de Jean Massault ou Massiot, d'abord à cause de son surnom puis en raison de son lieu d'établissement, soit Contrecoeur-18-. Précisons par ailleurs que dans le troisième tome de son Dictionnaire biographique des ancêtres québécois, publié quatre ans avant son ouvrage sur le fameux régiment, Langlois laissait entendre, mais au conditionnel seulement (cf. « serait »), que Massault avait appartenu à Carignan-Salière-19-.

Dans la foulée de Gareau et Langlois, Charles Vianney Campeau associe Jean Massault avec le « Saint-Martin » de la compagnie Saint-Ours en donnant pour source René Jetté dont le dictionnaire comprend une notice biographique de Jean Massault dit Saint-Martin-20-. Jetté ne va cependant pas jusqu'à établir un apparentement entre Massault et le Saint-Martin de la compagnie Saint-Ours, comme il le fait pour d'autres soldats de Carignan-Salière. Idem pour Nicolas Bonin dit Saint-Martin dont la notice biographique ne fait nulle part mention d'un hypothétique passé militaire-21-.

J'estime, quant à moi, que les arguments avancés par Langlois pour privilégier Massault aux dépens de Nicolas Bonin ne sont guère concluants dans la mesure où l'auteur fait abstraction de plusieurs autres critères qu'il a lui-même établis pour l'identification des soldats de Carignan-Salière. Incidemment, la dérogation à ses propres critères par Langlois a déjà été soulignée dans les Mémoires-22-.
Michel Langlois retient essentiellement deux critères pour exclure Nicolas Bonin de la liste des soldats du régiment, à savoir son âge et l'apparition tardive de son nom dans les documents de la colonie-23-. Les nom et surnom de Bonin sont en effet mentionnés de façon indirecte dans un contrat de vente passé entre deux voisins le 23 décembre 1675-24-. Bonin dit Saint Martin habite alors une terre qu'il possède dans la seigneurie de Contrecoeur. Sur ce dernier point, on peut s'étonner que l'auteur fasse tant de cas de la première mention – en 1675 – du nom de Nicolas Bonin dans un document officiel alors que la première trace de Jean Massault, dans un acte notarié en l'occurrence, n'apparaît qu'en... 1679, bien qu'il ait épousé Anne Michel, veuve de Jacques Paviot vers 1674 (l'acte et le contrat de mariage de ce couple n'ont toutefois pas été conservés-25-). Lorsqu'on parcourt la notice biographique de plusieurs soldats du régiment, il est fréquent de constater l'apparition tardive de leur nom dans les documents.

 

NICOLAS BONIN, TROP JEUNE POUR CARIGNAN-SALIÈRE ?

Langlois soutient également que Nicolas Bonin n'est pas le Saint-Martin de la compagnie Saint-Ours car, dit-il, « il serait né en 1655 ce qui lui aurait donné 10 ans en 1665 lors de la venue du régiment-26-. » Précisons ici que l'historien généalogiste se trompe d'une année quant à l'âge de mon ancêtre lequel, baptisé le 26 mars 1654, avait alors onze ans-27-. Langlois juge néanmoins très improbable qu'un préadolescent ait pu faire partie du régiment de Carignan-Salière. L'argument a du poids, mais il n'est pas décisif pour autant. Voici pourquoi. Sur les quelque 1050 à 1200 soldats et officiers que comptait le régiment, Roy et Malchelosse ainsi que Langlois recensent près d'une quinzaine de recrues âgées de 13 à 15 ans, soit Pierre Barbarin ou Barbary dit Grandmaison, Blaise Belleau dit La Rose, Charles Diel dit Le Petit, Charles Dompierre dit Saint-Martin, François Dubois dit Lafrance, René Dumas dit Rencontre, Pierre Durand dit Desmarches, Jean Gardet, Pierre Hannegrave dit Champagne, Guillaume Jacquet, Antoine Juchereau dit Sallebrune, Luc Poupard dit Lafortune, René Poupart dit Lafleur, Antoine Rousseau dit Labonté et Pierre Valet dit Lafrance-28-. Le fait qu'il y eut autant de jeunes soldats peut paraître étonnant si on considère que, règle générale, une recrue devait déclarer avoir au moins 16 ans pour être enrôlée. Or, dans les faits, nombre d'officiers recruteurs fermaient les yeux et n'hésitaient pas à enrôler les « tout jeunes gens », quitte à les vieillir. Selon l'historien militaire André Corvisier, cette tromperie était souvent pratiquée-29-. Ainsi, on acceptait des « recrues peu avantageuses » – de petite taille par exemple – à condition toutefois qu'elles soient d'« espérance », c'est-à-dire qu'elles possèdent des aptitudes physiques prometteuses ou encore un « joli visage »-30-. Bien qu'il n'existe aucune information semblable pour le régiment de Carignan-Salière il est loisible de penser que le recrutement ait pu procéder de la même méthode arbitraire, et que Nicolas en a tiré profit.

Par ailleurs, « pour aider au recrutement général, le roi offrit aux capitaines du régiment (...) de les payer depuis le premier janvier 1665 jusqu'au jour de l'embarquement-31- » qui eut lieu, pour les dernières compagnies, le 24 mai. Le souverain posait toutefois comme condition que chacune des vingt compagnies soit composée d'au moins cinquante hommes. Il incombait également aux capitaines de veiller à ce que leurs hommes de troupe soient « bien faits bien vestus et bien armez-32- », et s'assurer que ceux-ci touchent leur solde, soit de 6 à 12 sols par semaine dans le cas, par exemple, des simples soldats (par comparaison, les capitaines recevaient 300 sols ou 15 livres par semaine)-33-. A défaut de remplir ces exigences, les capitaines encourraient la peine d'être « cassés » et arrêtés, « pour la restitution de largent qu'ils auront aplicqué a leur proffit-34-. »

Au reste, on ne peut exclure non plus la possibilité d'un enrôlement tardif de quelques recrues à l'occasion du cantonnement des troupes à l'île de Ré et à l'île d'Oléron, en mars-avril 1665-35-. Langlois n'y fait pourtant pas allusion lorsqu'il énumère les diverses régions de France où le recrutement s'est fait-36-. Puisqu'il est notoire qu'un recrutement eut lieu dans la province d'Aunis à laquelle était rattachée l'île de Ré-37-, il convient de relativiser le critère du lieu d'origine établi par Langlois. Cela expliquerait la présence de Pierre Tenaille dit Laviolette, natif de l'île de Ré, au sein de la compagnie Contrecoeur-38-. Et peut-être aussi celle, hypothétique, de Nicolas Bonin dit Saint-Martin dans la compagnie Saint-Ours, auquel cas mon ancêtre, à onze ans, eut sans doute été le benjamin du régiment. Cependant, vu que les soldats provenant d'un milieu rural paraissaient en général plus vieux que ceux nés dans les villes-39-, Nicolas aurait eu beau jeu alors de confondre les recruteurs en trichant légèrement sur son âge.

Peut-on vraiment savoir ce qui aurait pu pousser un garçon de cet âge à quitter sa famille et entreprendre un périple si risqué ? Corvisier propose un début d'explication, au demeurant assez simple, mais néanmoins sensée : « l'attrait qu'exer(çait) la vie militaire (pouvait) être de caractère assez superficiel et résulter du prestige du port des armes et de l'uniforme-40- ». Il est alors tout à fait concevable que Nicolas Bonin ait été tenté de suivre les traces de deux autres Rhétais, André Mignier dit Lagacé et Jacques Brin dit La Pensée, partis l'année précédente pour les Antilles comme soldats du régiment de l'Allier-41-. La compagnie du régiment de l'Allier dont faisaient partie André Mignier – qui avait alors 13 ans – et Jacques Brin à leur départ de La Rochelle pour les Antilles, le 21 février 1664, est devenue l'année suivante la compagnie Berthier lorsqu'elle a quitté la Guadeloupe en direction de Québec. Cette compagnie et trois autres, venues avec le marquis de Tracy prêter main forte au régiment de Carignan-Salière, arrivèrent à Québec le 30 juin 1665-42-. Mais comment André Mignier et éventuellement Nicolas Bonin auraient-ils pu quitter leur île natale sans obtenir au préalable le consentement de leurs parents ? Dans l'affirmative, quelles sont les raisons ayant pu inciter ceux-ci à approuver le départ de garçons si jeunes ? Les parents ont-ils cédé devant le racolage insistant d'un sergent recruteur leur promettant la prime d'engagement offerte aux recrues ? L'idée d'une bouche de moins à nourrir a-t-elle pesé sur la décision de ces parents ? Ces derniers cherchaient-ils à préserver le patrimoine familial au profit de l'aîné des fils, certains parents jugeant que la situation matérielle du cadet – Nicolas en étant un – eut été mieux assuré sous d'autres cieux-43- ? Les parents connaissaient-ils quelqu'un à bord du navire ou bien en Nouvelle-France qui agirait plus ou moins comme tuteur auprès de leur enfant, atténuant ainsi l'angoisse de la séparation ? Étaient-ils confiants de voir leur fils revenir dans la mère-patrie au terme de son engagement militaire ? Autant de questions auxquelles il est impossible de répondre, mais qui permettent de mieux comprendre les motivations éventuelles de ces gens.

Quoiqu'il en soit, on imagine difficilement de jeunes troufions de 13 à 15 ans, a fortiori de onze ans, manier le mousquet et le fusil à baïonnette-44-. On les voit mieux employés à battre le tambour, et peut-être davantage à jouer du fifre « dont les sons perçants et excitateurs » avaient pour effet de galvaniser la troupe-45-. L'instrument étant assez rudimentaire, il suffisait aux fifres de jouer en mesure avec les tambours qui, « placés à la tête de chaque compagnie, servaient à régulariser la marche, à la presser, à la ralentir et à rappeler autour du drapeau tous les hommes dispersés-46-. »

Selon Roy et Malchelosse, chaque compagnie du régiment de Carignan-Salière comptait un fifre, soit une vingtaine au total-47-, un chiffre qui correspond grosso modo au nombre de recrues adolescentes recensées. Il est donc permis de croire que le jeune âge de Nicolas Bonin ne constituait pas un handicap rédhibitoire à son recrutement au sein du régiment, contrairement à ce qu'affirme Michel Langlois.

 

NICOLAS BONIN PASSE GLOBALEMENT LE TEST DE MICHEL LANGLOIS

Par ailleurs, Langlois accorde assez d'importance au fait qu'un membre du régiment de Carignan-Salière fasse partie des confirmés de 1665, 1666 ou 1668, ou qu'il ait reçu le scapulaire du Mont Carmel en 1665. Nicolas Bonin ne répond pas à ces critères dans la mesure où il a été confirmé le 13 juin 1681 par Mgr François de Montmorency-Laval, en même temps que Marie Emery – sa future femme – ainsi que treize autres habitants de Contrecoeur-48-. Mais mon ancêtre est loin d'être le seul dans son cas. Ainsi sur la centaine de soldats et officiers identifiés par Langlois appartenant aux compagnies de Lafouille, Laubia, Naurois et Saint-Ours qui arrivèrent à Québec, le 14 septembre 1665, sur le navire La Justice, seulement deux membres du contingent furent confirmés ou reçurent le scapulaire une semaine plus tard, soit le tambour Jean Legrand et Alexandre Téchinay, tous deux de la compagnie Naurois-49-. Le fait qu'un très grand nombre de passagers aient été malades au cours de cette pénible traversée de cent dix sept jours-50- – trente cinq soldats ont succombé par suite du voyage – expliquerait en partie pourquoi ces militaires sont absents du registre des confirmations et de la confrérie du scapulaire.

Le reste des critères établis par Michel Langlois pour dresser le profil du soldat de Carignan-Salière confortent, dans les faits, les arguments en faveur de mon ancêtre. D'abord, le nom de Nicolas Bonin ne figure pas dans les documents antérieurs au 19 juin 1665, soit la date de l'arrivée à Québec des premières compagnies du régiment à bord du Vieux Siméon. Cette condition le qualifierait d'emblée pour être militaire selon un des critères de Langlois qui estime qu'un individu dont le nom apparaît dans les recensements de 1666 et 1667 n'a probablement pas été membre de Carignan-Salière-51-. S'agissant du recensement de 1666 effectué du début février à la fin août-52-, l'historien Marcel Trudel est catégorique : « officiers et soldats sont tenus à l'écart-53-. » Lors du recensement de 1667 réalisé de la fin avril à la fin octobre-54-, on trouve le nom de certains soldats qui avaient été licenciés « afin de se marier ou pour d'autres raisons-55-. » Puisqu'on ne trouve nulle trace du nom de Nicolas Bonin dans l'un ou l'autre de ces recensements, il faut forcément considérer l'hypothèse selon laquelle il aurait alors fait partie des effectifs de Carignan-Salière. Par la suite, la possibilité s'offrait toujours à lui d'être démobilisé – peu importe le motif – avant la dissolution des troupes à l'automne 1668 à l'instar d'un Pierre Durand dit Desmarches qui a quitté le régiment en 1667, à l'âge de 15 ans, pour devenir domestique-56-.

Le fait que Nicolas Bonin ait choisi d'épouser la fille d'un soldat de Carignan-Salière ne tient peut-être pas uniquement aux liens étroits qui s'étaient tissés, depuis plusieurs années, entre lui et Antoine Emery Coderre en tant que voisins immédiats dans la seigneurie de Contrecoeur. On ne peut exclure la possibilité que les deux hommes, malgré leur différence d'âge, se soient connus sous les drapeaux, ou encore aient découvert après coup leur appartenance commune au régiment. Il n'est pas indifférent non plus de rappeler que Pierre Favreau, ex-compagnon d'armes de Coderre dans la compagnie Contrecoeur, a développé lui aussi des relations privilégiées avec Nicolas Bonin. Ainsi Favreau était présent au mariage de ce dernier avec Marie Emery le 8 janvier 1685; toutefois, deux mois auparavant, il n'avait pas assisté comme témoin au contrat de mariage du couple devant le notaire Ménard, comme l'affirme Langlois-57-. Selon ce dernier, « quand parmi les témoins au contrat de mariage et au mariage figurent les noms de plusieurs soldats, il y a de fortes chances que l'individu qui se marie était soldat tout comme eux-58-. » Puisque deux soldats de Carignan-Salière ont été témoins au mariage de Nicolas Bonin – l'un d'entre eux étant son beau-père –, on peut donc supposer, en respectant la logique de Langlois, que mon ancêtre ait pu appartenir au même régiment.

En corollaire, le fait pour un individu d'assister au contrat de mariage ou au mariage d'un ou de plusieurs soldats constitue, selon Langlois, une autre bonne preuve de son appartenance à ce régiment. Quant à Nicolas Bonin, la seule fois connue où on le retrouve témoin à un tel événement c'est, parenté oblige, comme gendre lorsque son beau-père, devenu veuf, contracte mariage en secondes noces avec Marie-Anne Favreau, fille aînée de Pierre Favreau et de Marie Benoît-59-.

Pour déterminer si un individu a bien le profil du soldat, Michel Langlois attache aussi beaucoup d'importance au fait de savoir qui ont été les parrains de ses enfants-60-. Comme parrains d'au moins six des enfants de Nicolas Bonin et Marie Emery, on retrouve les fils d'Antoine Emery et de Pierre Favreau. Ainsi, Marie-Madeleine, Angélique et Pierre Bonin ont eu pour parrains trois des fils d'Antoine Emery, tandis que trois garçons de Pierre Favreau ont assumé ce rôle auprès de Nicolas, Antoine-Marie et Joseph Bonin-61-. Il n'existe aucune trace des actes de baptême de Marie-Anne, Marie-Marguerite et Louis Bonin.

Pierre Favreau et Antoine Émery s'en tinrent, quant à eux, à être présents au baptême de cinq des enfants du couple. Emery est présent au baptême d'Angélique et de Pierre Bonin. Pour sa part, Favreau assiste à celui de Nicolas, Antoine-Marie et Joseph Bonin-62-. Les deux anciens compagnons d'armes ont probablement jugé, vu leur âge, que la responsabilité du parrainage incombait davantage à leurs fils. Langlois considère également révélateur le fait qu'un individu soit parrain d'enfants de soldats de Carignan-Salière-63-. Nicolas Bonin satisfait parfaitement à ce critère dans la mesure où il s'est acquitté de cette responsabilité avec deux des filles d'Antoine Emery et un fils de Pierre Favreau, soit Marie-Madeleine et Marie-Anne Emery (13 mars 1678 et 20 mars 1692) ainsi que Joseph Favreau (28 mars 1683)-64-.

Par ailleurs, Langlois est d'avis que le lieu d'établissement constitue un critère extrêmement important dans le processus d'identification des soldats de Carignan-Salière-65-. Ainsi, le surnom de Massault et son installation à Contrecoeur lui ont suffi pour en faire le Saint-Martin de la compagnie du capitaine de Saint-Ours. Or Langlois aurait pu, pour exactement les mêmes raisons, porter son choix sur Nicolas Bonin dans la mesure où celui-ci a également vécu à Contrecoeur durant la majeure partie de sa vie dans la colonie, et qu'on l'a connu autant par ce même sobriquet de Saint-Martin que par son patronyme.

 

UN CRITÈRE SIGNIFICATIF

À la liste déjà longue de Langlois, j'ajouterai un critère de mon cru soit les relations d'affaires existant entre un individu et des soldats de Carignan-Salière. On a vu plus tôt que Nicolas Bonin a connu ce type de rapports avec Pierre Favreau. Il ne fut pas le seul. Ainsi, Pierre Lesiège dit Lafontaine, Claude Pastourel dit Lafranchise, Louis Jean dit Lafontaine, Pierre Langognier dit Lacroix, Pierre Dextras dit Lavigne et Philibert Couilleau dit Roquebrune, ont été associés à divers titres — vendeur, acheteur ou simple témoin — à des contrats passés dans l'étude du notaire Pierre Ménard qui avait aussi fait partie de la compagnie Saint-Ours sous le sobriquet de Saintonge (ou Xainctonge)-66-. J'estime qu'il ne s'agit pas là d'un hasard.

Il faut savoir en effet que Dextras et Lancognier appartenaient à la compagnie Saint-Ours, laquelle comprenait aussi un certain Saint-Martin... De plus, Lesiège et Pastourel avaient été compagnons d'armes dans la compagnie Saurel, dont les soldats furent logés au Fort Richelieu (Sorel) durant les trois années de séjour du régiment en Nouvelle-France. Or, la compagnie Saint-Ours a été envoyée en cantonnement pour l'hiver 1665-1666 au même fort-67-, ce qui laisse à penser que Nicolas Bonin, s'il fut le Saint-Martin de cette compagnie, a probablement développé durant cette période certaines accointances avec Lesiège et Pastourel, liens qui allaient perdurer jusque dans la vie civile. De fait, Claude Pastourel louera le 24 mars 1687, à Boucherville, la terre de Lambert Boucher de Grand Pré pour une durée de trois ans-68-. Rappelons que le ler mai 1690, Nicolas Bonin prendra à bail une terre du même Lambert Boucher pour une période identique-69-. Tout porte à croire qu'il s'agit de la même terre. Il est plausible de croire que Pastourel, au terme de son contrat, aura voulu en faire profiter pareillement un ancien camarade de régiment.

Même chose pour Louis Jean qui, comme soldat de la compagnie du sieur La Fouille, aurait très bien pu participer aux expéditions de janvier 1666 et de l'automne de la même année contre les Agniers. Si on tient compte que le contingent militaire se composait alors de « six cent soldats tirés de toutes les compagnies du régiment de Carignan-(Salière)-70- », et que chaque compagnie devait obligatoirement compter à sa tête un fifre et un tambour, il y a lieu de croire que Nicolas Bonin, en tant que Saint-Martin de la compagnie Saint-Ours, ait pu être aussi du nombre. Et puisque le fait d'avoir vécu ensemble l'adversité guerrière et les bivouacs crée une connivence entre des ex-soldats, il est permis de penser que cette expérience commune ait pu être pour quelque chose dans les relations d'affaires qu'établiront, une dizaine d'années plus tard, Louis Jean dit Lafontaine et mon ancêtre. Par ailleurs, le 20 février 1685, la présence Nicolas Bonin et de Pierre Favreau comme témoins à l'enterrement de Jean Isambart, un ancien soldat de Carignan-Salière, constitue un autre indice laissant supposer que ces trois hommes aient pu partager un passé militaire-71-.

Je crois avoir fait la preuve que mon ancêtre satisfait à la majorité des critères établis par Langlois. En revanche, pareille démonstration reste toujours à faire pour Jean Massault, que Langlois (qui reconnaît néanmoins, à mots couverts, la possibilité qu'il ait pu commettre des erreurs d'identification en certaines occasions-72-) désigne pourtant d'autorité comme le Saint-Martin de la compagnie Saint-Ours-73-.

Le quatorzième et dernier critère de Langlois, soit les principales activités d'un ex-soldat de Carignan-Salière en Nouvelle-France, exige, dans le cas de Nicolas Bonin, d'inclure aussi la période comprise entre 1668 et 1675. Or, comme on sait, un mystère entoure ses activités durant ces années, faute de traces dans les archives.

 

NICOLAS BONIN, COUREUR DES BOIS ?


Il est vraisemblable d'imaginer que quelque part, entre 1668 et 1675, Nicolas ait pu se livrer occasionnellement à la traite des fourrures, à l'instar de plusieurs autres célibataires de la colonie. On estime qu'en 1672, de 300 à 400 jeunes gens s'adonnaient à la course des bois-74-, un phénomène qui ira croissant au cours de la décennie suivante, et ce en dépit des ordonnances prohibant cette activité lucrative-75-. Parmi les adeptes de la course des bois, on comptait plusieurs anciens militaires tels que, par exemple, Jean-François Herpin dit Tourangeau, un ex-soldat de la compagnie Saint-Ours, qui deviendra plus tard un censitaire dans la seigneurie de Contrecoeur, comme mon ancêtre-76-. Par ailleurs, le fait que le fils aîné de Nicolas — qui portait le même prénom que son père — ait entrepris, près d'un demi-siècle plus tard, un voyage de traite, à titre de voyageur, accrédite cette possibilité-77-. Au surplus, il n'est pas indifférent de souligner que ce même fils aîné occupera par la suite, pendant presque trois décennies, la prestigieuse charge de capitaine de milice dans la seigneurie d'Autray (actuellement Lanoraie), sur la rive nord du Saint-Laurent, en biais de Contrecoeur-78-.


 

L'HYPOTHÈSE CIVILE :

NICOLAS BONIN, ARRIVÉ AVANT 1669 COMME ENGAGÉ ?

S'il n'est pas venu en Nouvelle-France à titre de fifre ou de tambour au sein du régiment de Carignan-Salière, il faut envisager la possibilité que Nicolas Bonin y a fait souche comme engagé. Mais avant d'aller plus loin, il m'apparaît d'abord important de circonscrire la période durant laquelle il a quitté la mère-patrie pour tenter l'aventure dans la colonie.

Soulignons que plus de quatre émigrants sur cinq en provenance de Saint-Martin de Ré ont quitté l'île durant la période comprise entre 1662 et 1669-79-. Un indice me permet d'affirmer que Nicolas Bonin Saint-Martin est arrivé au Canada avant 1669. Marie Josneau, sa mère, est décédée le 6 janvier de cette année-là, à La Couarde, à l'âge de 40 ans environ.

 

Acte de sépulture de Marie Josneau, 7 janvier 1669-80-

acte_de_sepulture

Or, ni le contrat de mariage ni l'acte de mariage de Bonin ne font mention du décès de celle-ci-81-. Ce qui suggère qu'il ignorait alors la disparition de sa mère, survenue quelque seize ans auparavant. A l'époque, lorsqu'un ou l'autre des parents d'un immigrant était décédé, ce dernier en informait « selon toutes probabilités » tantôt le notaire, tantôt le curé, juste avant son mariage. Auquel cas, il faut en déduire logiquement que Nicolas avait quitté l'île de Ré pour le Canada préalablement au décès de Marie Josneau, c'est-à-dire avant 1669. Hypothèse corroborée par Bertrand Desjardins, responsable du Programme de recherche en démographie historique-82-.

Un indice supplémentaire permet de conforter cette hypothèse : Nicolas Bonin a attendu d'avoir 30 ans révolus pour se marier. Avant cet âge, les garçons étaient tenus d'obtenir le consentement de leurs parents sinon ils pouvaient être désavoués par eux s'ils contractaient un mariage non-autorisé-83-. Cela tendrait à prouver que Nicolas raisonnait alors comme si, au moment de ses noces, ses deux parents vivaient toujours. Pour les années antérieures à 1665, la chose semble presque entendue. Ainsi, à moins de s'être embarqué avec une connaissance ou un parent — une possibilité qu'on ne peut totalement exclure-84- —, il apparaît peu probable, vu son âge, que Nicolas ait fait partie des recrues de 1663 et 1664. De fait, le 20 août 1664, le Conseil souverain ordonna le retour en France des engagés jugés inaptes au travail, ainsi que « ceux qui sont à charge au pays-85-. » Plusieurs jeunes gens, dont on ignore l'âge précis, firent les frais de la mesure. Or, par un curieux paradoxe, les autorités de la colonie accepteront quelques années plus tard – non sans déplorer le fait – d'autres arrivages d'immigrants jugés improductifs. J'estime qu'on peut désormais réduire tout au plus à quatre ans la période au cours de laquelle Nicolas Bonin est arrivé en Nouvelle-France, soit -entre 1665 et 1668.

L'avènement de Nicolas Bonin durant la période précitée coïncide avec l'instauration et la mise en oeuvre d'une nouvelle politique de peuplement visant à insuffler un nouvel essor à la colonisation. Si la venue des filles du roi et l'intégration définitive au titre d'habitant du tiers des effectifs de Carignan-Salière ont contribué de manière déterminante à cette stratégie migratoire, la hausse du recrutement des engagés continuait d'être, en parallèle, une priorité pour la monarchie dans son désir d'accroître la population de la colonie. Dans ce contexte, Nicolas Bonin a-t-il pu compter parmi ces engagés ?

Précisons que le terme d'engagé s'appliquait alors à « tous ceux qui n'ayant pas le moyen de payer leur traversée s'engage(ai)ent à demeurer plusieurs années (...) au service d'un colon, d'un marchand qui avançai(en)t les frais de leur voyage-86-. » De 1665 à 1668, on a recensé près de 90 engagés partis de La Rochelle sur des vaisseaux armés en bonne partie par le marchand Pierre Gaigneur-87-, pour son propre compte et celui de la nouvelle Compagnie des Indes occidentales. Sur les quelque 71 actes d'engagement dressés en 1665, plus du tiers sont le fait de Rhétais engagés pour trois ans, moyennant des gages annuels de 75 livres et une avance de 30 livres, pour une majorité d'entre eux-88-.

Nicolas Bonin ne figure toutefois pas dans cette liste de trente-six mois comme on les surnomme alors, pas plus que dans celles de 1666, 1667 et 1668. On ne doit pas s'en étonner car, autrement, le mystère entourant sa venue en Nouvelle-France n'aurait jamais pris forme. Il faut savoir d'ailleurs que le nombre des engagés inconnus demeure substantiel; cela s'explique par le fait qu'une proportion importante des contrats d'engagement établis durant cette période par les notaires rochelais ont été perdus-89-. Au surplus, pour la période comprise entre 1665 et 1668, une partie seulement des rôles de passagers des navires de commerce ou de pêcheurs partis pour le Canada ont été conservés dans les papiers du greffe de l'Amirauté de La Rochelle (série B)-90-. C'est seulement à compter de 1670 que la déclaration de présence au port et le dépôt des rôles d'équipage deviendront obligatoires-91-.

Vu son jeune âge, Nicolas Bonin aurait-il pu satisfaire aux conditions régissant le recrutement des engagés? Gabriel Debien indique que la plupart des engagés avaient vingt ans et plus, et rarement sommes-nous en présence d'adolescents de moins de 18 ans. Les engagés de 16 ans et moins s'embarquaient avec leurs parents.

Aux Antilles, note Debien, « on acceptait tous ceux qui venaient, même des enfants de 11 et 10 ans arrivant seuls. Rien de tel au Canada-92-. » Debien rapporte néanmoins qu'en Nouvelle-France « un moment on avait levé des enfants de 12 à 14 ans «bons tout juste à garder des vaches». Les habitants firent difficulté à les prendre attendu qu'ils auraient eu de la peine pour le peu de travail qu'ils auraient retiré d'eux, à rembourser ce qu'ils leur auraient coûté-93-. »

LOUIS BONIN, PÈRE DE NICOLAS

Selon un acte de vente passé le 23 avril 1650 entre Louis Bonin et Jean Aubert, le père de Nicolas exerçait le métier de maître tailleur d'habits, outre celui de laboureur. L'information est reprise dans le contrat de mariage de Françoise Bonin, soeur de Nicolas, avec Pierre Gissendié, soldat de la compagnie du régiment Dauphin en garnison en la citadelle de Saint-Martin, le 15 mai 1690; à cette date, on réfère à Louis comme à une personne décédée-94-.


Même comme fils de laboureur, le jeune Nicolas aurait fort probablement été incapable d'accomplir les travaux épuisants qu'un recruteur-type attendait de ses hommes de travail. Louise Dechêne dépeint ainsi ces conditions pénibles : « couper, équarrir, et traîner des arbres avec de mauvais outils et sans attelage le plus souvent, piocher à travers les racines, essoucher à la hâte-95-. » A l'instar d'autres engagés peu rompus à ce genre de travaux, Nicolas Bonin a peut-être compté parmi les nombreuses recrues enrôlées après 1665 par les Jésuites et les Sulpiciens, qui bénéficièrent d'un traitement moins rude comme domestiques de maison ou « semifermiers-96- ». Dechêne souligne que le Conseil de Québec avait alors convaincu l'intendant des finances de Louis XIV et administrateur en chef de la Nouvelle-France à l'époque, Jean-Baptiste Colbert, qu'il était « plus avantageux de faire servir trois ans comme domestiques les quelque deux cents recrues que la Compagnie des Indes occidentales (a) dévers(ées) dans la colonie chaque année, entre 1664 et 1671-97- ».

Les émigrants de Saint-Martin de Ré qui signèrent un contrat d'engagement durant cette période étaient pour la plupart des « journaliers et des garçons de service souvent jeunes et de qualification professionnelle douteuse-98-. » Plus de la moitié étaient des célibataires âgés entre 12 et 30 ans-99-. La plupart de ces jeunes garçons, partis seuls et sans aucun parent, s'embarquaient par groupe de trois-100- Selon Jacques Mathieu, « les engagés qui réussissaient à s'intégrer à un milieu social et surtout à un milieu familial pren(ai)ent racine-101-. » À l'évidence, s'il est arrivé comme engagé, Nicolas Bonin n'a pas tardé à tisser des liens de solidarité avec des congénères ou au sein d'une famille d'accueil. En définitive, d'ajouter Louise Dechêne, les engagés avaient tous comme trait commun « le dénuement au moment du départ ». A l'instar des militaires, les engagés étaient souvent issus de groupes populaires et cherchaient dans l'engagement « une porte de sortie-102- ».

Outre les engagés liés formellement par contrat – et hormis les passagers libres et les volontaires qui avaient les moyens de payer leur traversée-103- – il existe encore une autre catégorie de migrants qualifiées de surnuméraires. Nous ignorons le nombre exact de ces travaillants qui se présentèrent en 1665 pour la traversée sans avoir été enrôlés par la Compagnie des Indes occidentales-104-. L'intendant Talon, qui constate de visu cet afflux de recrues au port de La Rochelle, « obtient du roi qu'il donne à la compagnie l'ordre de ne refuser le passage à personne-105-. » Ce faisant, il « évite ainsi au roi «les frais de la levée et de l'avance» qu'on accorde à ceux qu'on recrute-106-. » Nicolas Bonin aurait-il pu faire partie de ces survenants – pour reprendre le mot de Marcel Trudel-107- – alléchés par la perspective d'obtenir une concession de terre au terme de leur trois années de service, au même titre que les engagés ?

 

LA PÉRIODE PROBABLE D'ARRIVÉE EN NOUVELLE-FRANCE

Il existe donc une possibilité – même ténue – que Nicolas Bonin ait migré comme civil en 1665. Mais tout laisse à penser qu'il a plutôt franchi l'Atlantique entre 1666 et 1668. C'est ce que je vais maintenant tenter de démontrer.

Les recensements nominatifs de 1666 et 1667 nous éclairent en partie sur la période durant laquelle Nicolas Bonin aurait pu arriver au pays. Ces recensements ont été effectués respectivement du début février à la fin août 1666, puis de fin avril à fin octobre 1667-108-. Le nom de mon ancêtre n'y figurant pas, d'aucuns pourraient déduire que Nicolas Bonin n'était pas présent dans la colonie pendant ces deux années. Or, la chose est plus complexe qu'il n'y paraît.

Dans sa tentative de reconstitution de la population de 1666, Trudel arrive à un total de 4219 personnes, alors que le recensement commandé par l'intendant Talon en compte 3173. À propos du recensement de 1666 qu'il qualifie d'« opération désordonnée-109- » – du fait notamment que le quart de la population a été omis–, Marcel Trudel affirme que le dénombrement :
semble terminé quand les navires arrivent, les premiers jours d'août (...) Il importait, en tout cas, de procéder avant l'arrivée de la flotte pour mieux distinguer la population déjà sur place sans risquer d'avoir à inscrire les immigrants qui allaient arriver et les gens qui ne seraient que de passage-110-.

Au passage, notons une légère divergence de vues quant à la détermination de la date où le recensement a pris fin : Trudel parle des « premiers jours d'août » alors que pour Charbonneau, Lavoie et Légaré, il s'agit de la fin du mois-111-.

Théoriquement donc, Nicolas aurait pu être des immigrants venus à bord d'un des trois navires ayant mouillé à Québec en septembre et octobre 1666-112-. Au total, onze navires arrivèrent à Québec cette année-là, dont au moins dix en provenance de La Rochelle. Trudel estime à 35 personnes dont deux engagés, le nombre d'immigrants arrivés à bord de ces vaisseaux. Campeau évalue quant à lui ce nombre à 104.

D'après Trudel, ces immigrants n'ont pu être recensés. Si Nicolas Bonin était du nombre, on peut s'interroger sur son absence du recensement effectué l'année suivante. A cet égard, Charbonneau, Lavoie et Légaré soulignent certaines « situations curieuses » dont celle de ces individus qui « n'apparaissent dans aucun (des deux) dénombrement(s), mais pouvaient être présents le ler janvier (1667)-113-. » Cela dit, en l'absence d'indices probants, la possibilité que mon ancêtre soit arrivé en 1666 apparaît ici plutôt mince.

 

1667, L'ANNÉE DÉCISIVE

Qu'en est-il maintenant de l'année 1667 ? Dans une lettre envoyée à Talon le 20 février 1668, Colbert déplore les ratés de ce dénombrement au cours duquel on a négligé de recenser plusieurs secteurs géographiques-114-. Selon Hubert Charbonneau et Jacques Légaré, ces lacunes « pourraient se chiffrer au moins à plusieurs centaines d'individus » en donnant l'exemple suivant : « Les hommes de 15 à 24 ans sont moins nombreux en 1667 qu'en 1666; pareille démonstration a de quoi étonner quand on sait qu'au moins 100 jeunes immigrants étaient arrivés dans le courant de l'année 1667-115-. » On y reviendra.

Trudel, pour sa part, décrit le recensement de 1667 comme « une opération à peine mieux réussie que la première » dans la mesure où il y manque un sixième de la population qu'il évalue à quelque 4770 personnes-116-. S'agissant du recensement des immigrants, Trudel, d'ordinaire si rigoureux, fournit ici des informations contradictoires; ainsi, rapportant une lettre de Talon à Colbert du 17 octobre 1667, l'historien indique d'abord qu'on n'y pas compté les immigrants arrivés cette année-là-117-. Mais, quelques lignes plus loin, il semble se raviser en affirmant que « ceux de l'été 1667 » ont été recensés-118-. Qu'entend Trudel au juste par l'été ? Englobe-t-il les immigrants arrivés fin septembre à bord des derniers vaisseaux ? En toute logique, ces derniers arrivants auraient dû aussi être recensés puisque le dénombrement s'est déroulé jusqu'à la fin octobre. Mais au vu des failles observées lors de ce second recensement, il est permis de croire qu'un certain nombre d'immigrants arrivés en 1667 ont été simplement oubliés par les énumérateurs de Talon. Attardons-nous maintenant sur ces immigrants de 1667.
Le ministre Colbert avait informé Talon que la Compagnie des Indes occidentales comptait envoyer cette année-là 400 « bons hommes » et 60 filles aux frais du roi. Onze navires furent envoyés dont huit partis de La Rochelle-119-. Cependant, un mois après l'arrivée des derniers navires dans la rade de Québec-120-, Talon écrit à Colbert pour se plaindre de la mauvaise qualité du contingent :
J'ay bien du desplaisir de me sentir obligé de vous dire qu'au lieu des quatre cens bons hommes dont vous voulez fortifier ce pays (...), je n'en ay reçu que cent vingt-sept, très faibles, de bas âge et de peu de service-121-.

Colbert promet alors à Talon « qu'on ne lui enverra plus d'hommes en-deçà de seize ans, au-delà de quarante, et rien que des filles « à l'âge de la génération », et saines et fortes-122-. » Il faudra toutefois attendre encore deux ans avant que l'engagement de Colbert envers Talon devienne réalité; en fait foi cette missive envoyée par le ministre de Louis XIV à Mgr de Laval, vicaire apostolique de la Nouvelle-France : « J'ai apporté cette année (soit 1669) toute la précaution possible pour ne recevoir que des hommes propres au travail pour être transportés dans la Nouvelle-France-123-. »
En se basant sur les comptes de l'intendant Talon pour l'année 1667, Marcel Trudel évalue à environ 300 le nombre d'immigrants passés au Canada cette année-là incluant les huit engagés recensés par Gabriel Debien-124-. Par recoupements de différentes sources, Charles Vianney Campeau parvient à identifier plus de la moitié de ces quelque 170 immigrants auxquels il faut ajouter les trois ecclésiastiques identifiés uniquement par Trudel-125-. Sur les quelque 127 hommes de travail « de peu de service » dont parle Talon qui sont arrivés dans la colonie en 1667, nous ignorons la proportion des recrues juvéniles par rapport à celle des immigrants d'âge mûr. N'empêche, l'indication donnée par Talon m'apparaît suffisamment explicite pour accréditer la venue de Nicolas Bonin au sein de cet arrivage. Rien n'interdit de croire que parmi les nouveaux arrivants cette année-là se trouvaient bon nombre des jeunes recrues tant décriées par l'intendant, et dont le profil correspond mutatis mutandis à celui de mon ancêtre. Au reste, le fait que ce dernier soit absent des listes du recensement de 1667 n'invalide en rien cette possibilité-126-.

Conformément à mon postulat initial, je soutiens que 1668 est la dernière année au cours de laquelle Nicolas Bonin a pu s'embarquer pour le Canada comme civil. Auquel cas, il serait arrivé quelque part entre avril et octobre. On a identifié quatre navires – dont deux partis en juin – ayant fait le voyage entre La Rochelle et le Canada en 1668-127-. Trudel estime qu'« il a pu en venir davantage-128-. » François-Xavier Garneau parle de « onze navires remplis de toutes sortes de marchandises-129-. » Le Journal des Jésuites, qui aurait pu nous révéler le nombre exact de vaisseaux ayant mouillé devant Québec en 1668, s'interrompt malheureusement le 21 juin de cette année-là.

Dans une lettre envoyée à son fils en octobre, Mère Marie de l'Incarnation nous renseigne sur l'arrivée d'un de ces navires « chargé comme d'une marchandise mêlée », et qui transportait des immigrants de divers pays, dont la France-130-. Cet arrivage comptait nombre de femmes et plusieurs soldats licenciés que le roi avait envoyés au Canada-131-. Ces derniers sont sans doute venus grossir les rangs des quelque 400 soldats de Carignan-Salière ayant choisi de se faire habitants.

 

À PROPOS DES SOLDATS HABITANS DE CARIGNAN-SALIÈRE


Trudel en compte 418 alors que Langlois, pour qui le « Rolle » de 1668 contient de multiples imprécisions et redoublements, en dénombre 335. Un chiffre auquel il faut ajouter, selon lui, une quantité indéterminée d'officiers et de soldats demeurés au pays, mais qui ne sont pas mentionnés dans la liste-132-. A ces colons militaires, le roi veille à assurer la subsistance de la première année : « on a donné à chacun des Soldats cent francs ou cinquante livres avec les vivres d'une année, à son choix-133- ».

La fondatrice des Ursulines de la Nouvelle-France ne fournit cependant aucune indication sur l'âge des nouveaux venus, hormis le fait qu'ils n'étaient pas malades-134-. Faute d'indices probants, il m'apparaît vain de conjecturer sur les chances de Nicolas Bonin d'avoir foulé le sol de la colonie en 1668, même si l'hypothèse demeure plausible.

Si un recensement nominatif avait été réalisé en 1668, une partie seulement des immigrants – soit ceux arrivés avant l'automne – aurait pu être inscrite sur les listes. On sait, par Benjamin Sulte qui dit avoir consulté un dénombrement effectué cette année-là, qu'un recensement a bel et bien été fait en 1668-135-. Selon lui, le recensement de 1668 fait par Talon totalisait 5870 habitants, sans compter les 412 (sic) soldats fixés au pays mais non encore « portés sur le cens ». Or, tout laisse à penser qu'il ne s'agissait pas d'un recensement nominatif similaire à ceux de 1666 et 1667 et ultérieurement à celui de 1681, mais plutôt d'un état de populatio indiquant uniquement le nombre des habitants. Quoiqu'il en soit, le recensement de 1668 n'a pas été conservé non plus que ceux faits entre 1669 et 1676. Trudel soutient « qu'on n'a rien trouvé-136- » pour l'année 1668.

 

L'IMMIGRATION AU CANADA
ENTRE 1665 ET 1668 : DES CHIFFRES DISCORDANTS


En 1668, la Compagnie des Indes occidentales aura fait passer dans la colonie 236 immigrants, incluant huit ecclésiastiques-137-. Au total, entre 1665 et 1668, le nombre de personnes venues au Canada avoisine le millier d'individus. Emile Salone chiffre à 978 l'arrivage civil pour cette période. Trudel l'évalue pour sa part à 1079, si on exclut les 418 officiers et militaires de Carignan-Salière ayant choisi de se faire habitants que Trudel englobe dans l'immigration de 1668. Campeau recense quant à lui quelque 590 passagers dûment identifiés, à l'exclusion des militaires, arrivés au Canada entre 1665 et 1668. Ce nombre ne comprend pas les membres d'équipage-138-.


EMBARQUEMENT À LA ROCHELLE-139-

 

L'HYPOTHÈSE CIVILE : UN BREF RÉCAPITULATIF

Selon cette hypothèse, Nicolas Bonin dit Saint Martin serait arrivé en Nouvelle-France entre 1665 et 1668, mais assurément avant 1669. Le fait que la majeure partie des rôles de passagers des navires partis de La Rochelle et la plupart des contrats d'engagement établis durant cette période par les notaires rochelais ont été perdus, contribue en bonne partie à l'énigme entourant la date exacte de son arrivée au pays.

Malgré son jeune âge, Nicolas Bonin a peut-être été du nombre des recrues engagées pour accomplir des travaux moins rudes, tels les domestiques ou « semi-fermiers ». Qu'il soit par la suite devenu fermier conforte cette seconde supposition.

En l'absence d'indices significatifs, il apparaît incertain que mon ancêtre soit venu au pays comme engagé en 1665, 1666 et 1668. En revanche, pour 1667, la chose s'avère très vraisemblable. A preuve, dans une lettre à Colbert, l'intendant Talon se plaint ouvertement du « bas âge » d'un grand nombre d'immigrants arrivés cette année-là à Québec. Il s'agit là d'une information clé qui laisse sérieusement à penser que Nicolas Bonin a pu faire partie de ces nouveaux arrivants, et ce même si son nom ne figure pas sur les listes du recensement de 1667.

CONCLUSION

Nicolas Bonin dit Saint-Martin s'est-il embarqué à La Rochelle comme soldat de Carignan-Salière, dans la compagnie Saint-Ours, le 24 mai 1665, ou à titre d'engagé, au printemps ou à l'été 1667 ? A la vérité, je me sens incapable de privilégier une hypothèse plutôt qu'une autre dans la mesure où, à mes yeux, il y a du pour et du contre dans chacune d'elles. La seule quasi-certitude qui s'impose, c'est la venue de Nicolas Bonin dans la colonie avant 1669. Mais là s'arrête l'euréka du chercheur ! Je laisse au lecteur le soin de se faire sa propre idée sur cette question.

REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier d'abord mon épouse Monik pour la pertinence de ses réflexions critiques ainsi que le professeur honoraire Bertrand Desjardins, responsable du Programme de recherche en démographie historique à l'Université de Montréal, sans oublier l'historienne Claire Lambert pour m'avoir fait découvrir le document attestant le second métier de Louis Bonin.

 

 

Toronto, Ontario
danielbonin@sympatico.ca

 

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Daniel Bonin, « Un portrait retouché de Nicolas Bonin dit Saint-Martin », Mémoires de la Société généalogique canadienne-française (MSGCF) vol. 56, n° 3, cahier 245, automne 2005, p. 219-228.

Voir les notices biographiques d'Archange Godbout, Nos ancêtres au XVIIe siècle. Dictionnaire généalogique et biographique des familles canadiennes. Extrait du Rapport de l'archiviste de la province de Québec, 4e livraison (non daté), p. 355-356 et Michel Langlois, Dictionnaire biographique des ancêtres québécois (1608-1700) [DBAQ], t. 1, La Maison des Ancêtres/Archives nationales du Québec, Sillery, 1998, p. 226-227.

RAPQ (1930-1931), p. 7, mémoire du roi à Jean Talon, 27 mars 1665. Cité par Louise Dechêne, Le Peuple, l’État et la Guerre au Canada sous le Régime français, Montréal, Boréal, 2008, p. 105.

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Voir fiche n° 240452, www.fichierorigine.com/detail.php?numero=240452.

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Charbonneau, Lavoie et Légaré, « Recensements... », p. 117.

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PRDH en ligne, actes nos 2460 et 90097 ; actes nos 2552, 2586 et 2668.

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PRDH en ligne, actes nos 83242, 2457 et 89973.

Langlois, CS…, p. 103

BAnQ-M, greffe Pierre Ménard, 7 juin 1678, 31 mai 1679, 18 juin 1679 et 8 septembre 1679.

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PRDH en ligne, acte n° 90639; Langlois, CS..., p. 362.

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Georges-Hébert Germain, Les coureurs des bois : la saga des Indiens blancs, Montréal, Libre Expression, 2003, p.35

Benjamin Sulte, Histoire des Canadiens-français (1608-1880), Montréal, Wilson & Cie, 1882, t. 5, p. 29-51, et Jacques Mathieu, La Nouvelle-France. Les Français en Amérique du Nord (XVIe-XVIIIe siècle), Québec, Les Presses de l'Université Laval, 2001, p. 87-89.

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Voir les actes du 12 février 1740 (greffe François Comparet) et du 25 mai 1767 (greffe Barthélemy Faribault). Le repérage des actes notariés provient de Parchemin, Banque de données notariales du Québec ancien (1626-1794), sous la direction d'Hélène Lafortune et de Normand Robert, Montréal, Société de recherche historique Archiv-Histo, Archives nationales du Québec et Chambre des notaires du Québec, 1993-2011.

Claire Lambert, Une contribution de L’île de Ré au peuplement de la Nouvelle-France : la paroisse de Saint-Martin au XVIIe siècle, mémoire de maîtrise T.E.R., Université de La Rochelle, 1998-1999, p. 79.

BMS La Couarde.

BAnQ-M, greffe Pierre Ménard, 19 novembre 1684. Pour l'acte de mariage entre Nicolas Bonin et Marie Emery, voir le PRDH en ligne, acte n° 90544.

Entretien téléphonique, le 24 août 2004.

André Lachance, Vivre, aimer et mourir, juger et punir en Nouvelle-France, Montréal, Libre Expression, 2004, p. 77.

C. Lambert, Une contribution..., p. 81-83; J. Mathieu, La Nouvelle-France..., p. 77-78.

Lacoursière, Histoire populaire..., t. 1, p. 113.

Gabriel Debien, « Engagés pour le Canada au XVIIe siècle vus de La Rochelle », Revue d'histoire de l'Amérique française (RHAF), vol. VI, n° 2, septembre 1952, p. 178.

G. Debien, « Liste des engagés pour le Canada au XVIIe siècle (1634-1715) », RHAF,-vol. VI, n° 3, décembre 1952, p. 392-397. Voir aussi « Listes de migrants », PRDH, vol. 6, p. 607-610.

Même.

Debien, « Engagés pour le Canada.... », p. 184.

Pour la période visée, voir Campeau, Navires venus en Nouvelle-France...

Debien, « Engagés pour le Canada... », p. 184.

Même, p. 217.

Même.

Archives départementales de Charente-Maritime (ADCM), notaire Jamon, 3E 3312; notaire Guerin, 3E 3742, registre p. 18.

Louise Dechêne, Habitants et marchands de Montréal au XVIle siècle, Montréal, Boréal Compact, 1988, p. 65.

Debien, « Engagés pour le Canada... », p. 193.

Dechêne, Habitants et marchands de Montréal ..., p. 54.

Lambert, Une contribution..., p. 88.

Même, p. 81.

Même, p. 81-82.

LMathieu, La Nouvelle-France..., p. 78.

Dechêne, Habitants et marchands de Montréal..., p. 58,60.

Debien, « Engagés pour le Canada... », p. 178-179; Marcel Trudel, Histoire de la Nouvelle-France. t. 4, (La Seigneurie de la Compagnie des Indes occidentales, 1663-1674), Fides, 1997, p. 254.

Émile Salone, La colonisation de la Nouvelle-France. Étude sur les origines de la nation canadienne-française, Paris, Guilmoto, 1905, 467 p. Réédition Boréal Express, Trois-Rivières, 1970, p. 160.

Même.

Trudel, Histoire de la Nouvelle-France..., p. 238.

Même, p. 238.

Charbonneau, Lavoie et Légaré, « Recensements... », p. 117.

Trudel, Histoire de la Nouvelle-France..., p. 297.

Même, p. 297

Même; Charbonneau, Lavoie et Légaré, « Recensements...», p. 117.

Voir Campeau, Navires venus en Nouvelle-France....

Charbonneau, Lavoie et Légaré, « Recensements... », p. 118.

Cité par H. Charbonneau et J. Légaré, « La population du Canada aux recensements de 1666 et 1667 », Population, 22e année, n° 6, 1967, p. 1044.

Même.

Trudel, Histoire de la Nouvelle-France..., p. 317.

Même, p. 316.

Même, p. 317.

Voir Campeau.

Trudel, Histoire de la Nouvelle-France..., p. 240, note 25

Talon à Colbert, 27 octobre 1667. Cité par Salone, La colonisation de la Nouvelle-France..., p. 162-163, note 5.

Même, p. 162-163.

Colbert à l'évêque de Pétrée, 15 mai 1669. Cité par Salone, La colonisation de la Nouvelle-France..., p. 163, note. 1.

Trudel, Histoire de la Nouvelle-France..., p. 241.

Campeau, Navires venus en Nouvelle-France; Trudel, Histoire de la Nouvelle-France..., p. 241.

Charbonneau, Lavoie et Légaré, « Recensements... », p. 118.

Marcel Delafosse, « La Rochelle et le Canada au XVIIe siècle », RHAF, vol. 4, 1951, p. 485.

Trudel, Histoire de la Nouvelle-France..., p. 242.

François-Xavier Garneau, Histoire du Canada, t. 1, Paris, Librairie Félix Alcan, 6e édition, 1920, p. 256.

Trudel, Histoire de la Nouvelle-France..., p. 242.

Même.

Trudel, Histoire de la Nouvelle-France..., p. 243, et Langlois, CS..., p. 95-99.

Relation des Jésuites, 1667-1668, p. 3.

Trudel, Histoire de la Nouvelle-France..., p. 242

On sait par Benjamin Sulte qu'un recensement a été bel et bien fait en 1668 car l'historien dit avoir consulté un dénombrement effectué cette même année. Sulte, Mélanges historiques..., p. 70.

Trudel, Histoire de la Nouvelle-France..., p. 317.

Même.

Salone, La colonisation de la Nouvelle-France..., p. 168; Trudel, Histoire de la Nouvelle-France..., p. 252; Campeau, Navires venus en Nouvelle-France...

Source : Musée municipal de La Rochelle. Illustration tirée de J. Mathieu, La Nouvelle-France..., p. 73.